Portraits invisibles des lumières

Errance dans la fête des Lumière, ballade aux confins des contes, prises de sons, musique...
Une émission produite par Coline Lafontaine, Marie Dougnac et Martin Touzo.

Portraits invisibles des lumières n°411 mars 2020

Néro l'étrange

Une émission de , et .

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Conte : 

Les aveugles, pour voir, n’ont besoins de lumière ?

Nero l’étrange, sentait toujours au dessus de lui ce qu’il y avait en dessous. Tout son peuple le traitait de fou. On n’avait pas idée de colporter des idées pareilles.

Nero habitait non loin de la troisième grande veine. Chaque quartile de plenus, il marchait vers les centres en remontant les sons. Sempiternellement éternels, ces sons descendaient toujours les mêmes. Il vous suffisait de les suivre, de les remonter ou de les descendre, pour vous conduire là où vous étiez censés aller.

«  Deux faiblesses qui s’appuient l’une à l’autre créent une force. Voilà pourquoi… » Nero les connaissaient toutes par cœur. Sur le bout de ses doigts. Il les chantonnait parfois le long de la route – tentant de couvrir la litanie monotone d’un air différent. Nero connaissait la suite, connaissait toutes les suites. Il attendait. La suite marquait l’embranchement. Plus besoin de tâtonner : « la moitié du monde, en s’appuyant contre l’autre moitié, se raffermit. », et c’était là qu’il lui fallait tourner.

Des murmures, des murmures tout le temps plein la tête. Le long de ces tuyaux bosselés à l’odeur humide, ces tuyaux vides qui transportaient le son qui les guidaient. « ce qui fait la noblesse d’une chose, c’est son éternité », à droite. « Dans toute chose, les extrêmes sont nuisibles », tout droit. Les oreilles de Nero en frémissaient dans l’obscurité.

Seulement Nero l’étrange, sentait toujours au dessus de lui ce qu’il y avait en dessous. Et c’est pour cela qu’il n’était pas comme les autres. Ce jour là – peut-être sans le faire exprès, peut-être inconsciemment, comme on réalise sans le vouloir un rêve d’enfant – ce jour là, Nero descendit plus bas, encore plus bas. Comme pour s’éloigner de la tentation du dessus où se tenait la terre, selon lui, comme en dessous. Il s’éloignait, s’éloignait, s’éloignait, des centres, du connu et prenait le risque de s’égarer.

Les choses commençaient à changer dans les profondeurs froides des roches terrestres. Les tuyaux à murmures qui guidaient son peuple depuis l’éternité se déréglaient, perdaient la tête. Les murmures se faisaient incohérents, incompréhensibles, le perdaient. « Regarde attentivement car ce que tu vas voir n’est plus ce que tu viens de voir. ». La langue elle-même ne trouvait plus son sens. Les invocations de ces longs tuyaux, leurs insinuations directrices s’oubliaient, se métamorphosaient. Voir, Voir, Voir, Regarde. Nero s’enfonçait toujours plus loin, les mains posées sur la terre, les oreilles tendues, ouvertes. Chercher à comprendre.

« l’excès de lumière donne aux choses de la crudité, trop d’obscurité nous empêche de les voir ». Et les choses changeaient. Les choses apparaissaient et Neo clignait des yeux. Nero clignait des yeux, ne saisissait pas, ne parvenait pas à réaliser, à voir, enfin, que les choses changeaient.

En même temps que les murs devant ses yeux se dessinaient, il traduisait, machinalement,ces mots nouveaux, ces murmures révélateurs. Lumière, lumière, lumière, voir regarde. Ses cils se décollaient. Une main sur la roche, l’autre serrée contre les murmures, Nero avançait.

La lumière au loin se fit. Les yeux de Nero – qu’il découvrait avoir – s’écarquillaient, s’écarquillaient, de plus en plus grand. Saisir toute cette substance nouvelle. Nero découvrit la lumière.

Une fois tout contre elle, Lumière au creux de sa main cise, Nero leva les yeux vers le ciel. Nero l’étrange sentait toujours au dessus de lui ce qu’il y avait en dessous, et en même temps qu’il découvrait la couleur, en même temps qu’il découvrait la lumière, les contrastes, les ombres, l’intensité, en même temps que les tuyaux à murmures diffusaient autour de lui – Aucune action naturelle ne peut être abrégée – Nero, au dessus de lui vit la terre. Comme en dessous.

La machine à murmures de Léonard

Merci aux participants, participantes et artistes des différentes écoles participantes. Merci à Lolita Del Pino, Pauline Prevost et Guillaume Chapuis pour la composition des musiques.

Merci également à Tom Huet, Christine Richier Julie Lola Lanteri et Frédérik Borrotzu ainsi qu’à Camille Michel pour la coordination du projet.

Merci enfin à la Fondation Bullukian d’avoir accueilli les artistes et leurs œuvres. À l’Université de Lyon pour sa production et son soutien financier.

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La fête des lumières se voit, se regarde, s’admire. Et si nous écoutions les installations lumineuses ? Nos errances dans le jardin Bullukian, nous transportent vers un nouveau rêve de la fêtes des lumières. Des souvenirs contés, des oeuvres lumineuses pour une fois racontées.

Chaque oeuvre, chaque attraction est ainsi dotée de son portrait sonore ou ne manque que l’image. Écoutez pour une fois ce que vous aviez l’habitude de voir. Quels sons produisent ces œuvres visuelles, quels sont les sons de leur fabrication, de leur montage ? Quels sons déclenchent-ils dans l’imaginaire du public, de leurs concepteurs, de leurs monteurs ? Quels sont font-elle pour vous ?

Quelles histoires vous racontent-elles ?

Une émission réalisée en partenariat et avec le support financier de l'Université de Lyon.