Portraits invisibles des lumières

Errance dans la fête des Lumière, ballade aux confins des contes, prises de sons, musique...
Une émission produite par Coline Lafontaine, Marie Dougnac et Martin Touzo.

Portraits invisibles des lumières n°226 février 2020

Une enfant spéciale

Une émission de , et .

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Conte :

Alicia était une enfant spécial.

Le médecin, la première fois que ses parents l’avaient amenée chez lui, ne lui avait rien trouvée que de normal. Pas de maladie, pas de malformation, pas même de « manifestation extérieure de déficience psychologique ». Alicia était une petite fille tout ce qu’il y avait de plus normal. Pour la médecine en tout cas.

« Elle est un peu lente, c’est tout. Prenez votre temps avec elle ».

Les parents d’Alicia n’avaient pas le temps. Ils travaillaient. Ils couraient d’un bureau à l’autre, passaient, repassaient, repassaient rarement à la maison… et dans cette maison où il fallait être efficace, Alicia était embêtante. En trop.

Le soir dans sa chambre, lorsque, les yeux grands ouverts, elle faisait semblant de dormir, elle entendaient ses parents parler d’elle. Ils ne se souciaient pas qu’elle puisse les entendre : n’était-elle pas une enfant spéciale ? Qu’allait-elle bien y comprendre ? Alicia gardait les yeux grands ouverts.

Un jour son père eut une idée. Une idée pour l’occuper, une idée pour s’en débarrasser. « Tu verras, avec ça, nous n’aurons plus besoin de veiller nuit et jour sur elle, plus jamais besoin même de la surveiller. Elle sera sage, sage, sage. Elle le regardera et c’est tout. Et ce sera comme un spectacle infini, un spectacle pour elle, un repos, enfin, pour nous ». Alicia, dans sa chambre, les yeux grands ouverts, frissonna malgré sa couverture de plume.

À son anniversaire, Alicia reçu un cadeau spécial « Un cadeau spécial pour une enfant spéciale » clama son père. Elle n’était pas certaine de comprendre ce qu’il voulait dire, mais les adultes lui étaient de toute façon imperméables, incompréhensibles, légèrement comiques avec leurs grands gestes qui vont vites et leurs expressions de visages plus variées que la forme des gouttes de pluies. Alicia s’était résignée à ne pas les comprendre et n’en faisait plus grand cas.

Ce cadeau, c’était un petit robot. Un petit robot de métal, métal insensible et lent. Pendant que son père se félicitait de cet achat, pendant que sa mère regardait ailleurs, pendant que se nouaient autour d’elle tant de tensions qu’elle ne cherchait pas à comprendre, Alicia contemplait cette chose brillante et sans vie.

Soudain, cette chose se mit à bouger. Une flamme s’alluma quelque part, quelqu’ombre qui ressemblait à la vie, et le robot se mit à décrire de tout petits cercles.

Le père d’Alicia saisi le robot, le décolla du sol, l’emporta et le posa dans un bac de sable – une invention stupide dont Alicia n’avait jamais vraiment trouvé où se trouvait son intérêt. C’est alors, que naquirent les dessins.

Comme attendu, Alicia ne put plus – à partir de ce moment – décoller ses yeux de ces arabesques simples, de ces lignes tournoyantes éphémères. Le robot avançait, tournait, revenait sur son chemin, traçait, effaçait, recommençait, avançait, tournait, revenait sur son chemin…

Hypnotisée, elle grandit au rythme de ces lignes. Les courbes collaient à son âge, s’imprimaient dans ses yeux. Le sable choyait ses sentiment, berçait ses pensées. Le monde n’était pour elle que sable doux et lente progression, régression, devenir sans fin. Alicia grandissait.

Ses parents moururent, d’on ne sait qu’elle cause. La maison tomba en ruine, on ne sait comment, un jour. Le vent pénétra les murs, la pluie éventra le toit. Alicia protégeait son robot, deux parapluies à la main, un pour elle, un pour son trésor. Le petit robot ne s’arrêtait pas, traçait, traçait, traçait.

Les enfants du village, une fois persuadés d’avoir entendu là du bruit, lui apportèrent régulièrement de quoi boire, de quoi manger. Une enfant, adulte maintenant, et son robot, enfouis sous les décombres de leur vieille maison, unis par un carré de sable.

Commencèrent les vraies transformations. Les cadeaux des enfants, petit à petit, se muèrent en offrandes des parents. Les mots, les murmures, les bribes et les syllabes d’Alicia furent petit à petit enfin entendus. Écoutés. Un fou, le lendemain, s mit en tête de redresser la maison des parents. « Je ferai un temple ! », disait-il ; et il brillait d’une dévotion nouvelle.

Alicia, à tout cela ne faisait pas attention, jamais elle n’avait fait attention à autre chose que son sable. Le monde bougeait autour d’elle, elle restait éternelle, fille-femme-vieillarde auprès de son robot rouillé ratissant le sable sec.

– Luxie 44 : INSA –

Merci aux participants, participantes et artistes des différentes écoles participantes. Merci à Lolita Del Pino, Pauline Prevost et Guillaume Chapuis pour la composition des musiques.

Merci également à Tom Huet, Christine Richier Julie Lola Lanteri et Frédérik Borrotzu ainsi qu’à Camille Michel pour la coordination du projet.

Merci enfin à la Fondation Bullukian d’avoir accueilli les artistes et leurs œuvres. À l’Université de Lyon pour sa production et son soutien financier.

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La fête des lumières se voit, se regarde, s’admire. Et si nous écoutions les installations lumineuses ? Nos errances dans le jardin Bullukian, nous transportent vers un nouveau rêve de la fêtes des lumières. Des souvenirs contés, des oeuvres lumineuses pour une fois racontées.

Chaque oeuvre, chaque attraction est ainsi dotée de son portrait sonore ou ne manque que l’image. Écoutez pour une fois ce que vous aviez l’habitude de voir. Quels sons produisent ces œuvres visuelles, quels sont les sons de leur fabrication, de leur montage ? Quels sons déclenchent-ils dans l’imaginaire du public, de leurs concepteurs, de leurs monteurs ? Quels sont font-elle pour vous ?

Quelles histoires vous racontent-elles ?

Une émission réalisée en partenariat et avec le support financier de l'Université de Lyon.