Portraits invisibles des lumières

Errance dans la fête des Lumière, ballade aux confins des contes, prises de sons, musique...
Une émission produite par Coline Lafontaine, Marie Dougnac et Martin Touzo.

Portraits invisibles des Lumières n°119 février 2020

Épisode 1 : Une chenille à l'école de magie

Une émission de , et .

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Conte :

Il était une fois une chenille qui voulait apprendre la magie. Elle voulait contrôler les éléments, pouvoir créer la foudre, la pluie, changer de taille, devenir invisible. Elle se rêvait puissante, elle qui était si petite. Personne ne croyait en son projet, et tous les insectes qu’elle côtoyait se moquaient de sa passion. On la jugeait irréaliste, on disait qu’elle n’avait pas la moindre chance.
Il faut dire qu’il n’existait qu’une seule école de magie dans toute la région. Cette dernière était très réputée et rares étaient les heureux qui y étaient admis. De plus, la plupart des apprentis sorciers étaient des animaux nobles, imposants, et de mémoire d’éléphant jamais un insecte n’avait franchi les portes de cette école magique. La chenille ne se décourageait pas pour autant. Le concours d’entrée n’avait lieu que tous les dix ans, et cette date approchait. La chenille n’était pas prête à attendre une décennie entière, alors elle s’entraînait sans relâche pour préparer le sort qui lui permettrait de réussir l’examen d’entrée. Alors que ses amis prenaient du bon temps à dorer sur une feuille ou à festoyer ensemble, la petite chenille révisait ses formules, apprenait ses sorts et ne perdait pas son objectif de vue : devenir la première chenille diplômée de magie.
L’heure du concours arrive, et aux premières lueurs du printemps, la petite chenille prit ses affaires, dit adieu à ses proches, et prit la route de l’école de magie, heureuse et confiante. Arrivée devant l’imposante porte de bois et de fer qui signait l’entrée de l’école, la chenille ne put s’empêcher de trembler. Peut-être avait-elle visé trop haut, peut-être n’était-elle pas suffisamment entraînée… Elle avait été folle de penser qu’elle ferait le poids face aux autres candidats qu’elle voyait s’échauffer sous la tente prévue à cet effet. La petite chenille secoua la tête et reprit ses esprits. Elle allait leur montrer, à tous, de quoi elle était capable. Elle s’avança sous la tente, on lui donna le numéro d’inscription 4583. La tente se vidait au fur et à mesure qu’on appelait les candidats à se présenter devant le jury. Numéro 4580, numéro 4581, numéro 4582, numéro 4583. La petite chenille déglutit, se leva et s’avança fièrement en dehors de la tente. Elle était prête. Devant le jury, elle présenta un tour extraordinaire de maîtrise et de simplicité. Celui-ci consistant à faire pleuvoir des diamants qui se changeaient en charbon et enfin en argent avant de toucher le sol et de s’évanouir en fumée, afin de se reformer en l’air et recommencer ainsi le cycle. Une fois lancé, ce sort fonctionnait en vase clos, et on pouvait admirer pendant des heures cette pluie changeante et magnifique tomber et renaître. La petite chenille fut ensuite invitée à rejoindre les autres candidats qui attendaient tous la proclamation des résultats.
L’attente fut longue et la liste courte : seuls trois candidats avaient été retenus. Numéro 39. Un ours au pelage noir et luisant se leva dans le plus grand silence. Numéro 2913. C’est un faucon qui s’envola pour aller rejoindre l’ours, dans le respect le plus total. Numéro 4583. La petite chenille senti comme un grand soleil illuminer son esprit. Elle avait réussi. Elle était la première chenille à franchir la lourde porte de l’école de magie. Ses camarades l’avaient au premier abord impressionnés mais s’étaient révélés être des animaux sensibles, ouverts, enfin de véritables amis et compagnons de route.
Auprès d’eux et auprès de ses professeurs (parmi les plus illustres magiciens du monde), elle apprit à transformer forme, matière, couleur, taille, à façonner le monde selon ses pensées et ses envies, toujours dans le respect de la nature profonde du monde. La petite chenille apprenait vite, et se montrait de plus créative et appliquée. Elle forçait l’admiration de tous et bientôt elle fit de grands voyage pour que le monde entier puisse apprécier ses sorts somptueux. Des années plus tard, alors que la petite chenille était devenue la plus grande magicienne de son temps, on eu l’idée de réaliser une sculpture en son hommage, et particulièrement du sort qui lui avait permis d’entrer dans l’école de magie. Encadrée d’un cercle de métal brun, lui-même contenant un carré, se tenait une chenille de bois, magnifique, imposante. Pour rappeler la pluie perpétuelle que la chenille avait inventée, on avait disposé sous elle des cristaux changeants, rappelant les trois matériaux du sort : diamant, charbon, argent. Ces cristaux étaient perpétuellement en mouvement, tout comme la chenille qui ne se reposait jamais sur ses acquis et partait toujours vers de nouvelles aventures. Cette sculpture rappelle à tous et à toutes que les grandes choses s’accomplissent indépendamment de la taille, mais toujours avec une volonté de fer et une créativité à toute épreuve.

 

(Machina Vitruva – École Urbaine de Lyon)

 

Merci aux participants, participantes et artistes des différentes écoles participantes. Merci à Lolita Del Pino, Pauline Prevost et Guillaume Chapuis pour la composition des musiques.

Merci également à Tom Huet, Christine Richier Julie Lola Lanteri et Frédérik Borrotzu ainsi qu’à Camille Michel pour la coordination du projet.

Merci enfin à la Fondation Bullukian d’avoir accueilli les artistes et leurs œuvres. À l’Université de Lyon pour sa production et son soutien financier.

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La fête des lumières se voit, se regarde, s’admire. Et si nous écoutions les installations lumineuses ? Nos errances dans le jardin Bullukian, nous transportent vers un nouveau rêve de la fêtes des lumières. Des souvenirs contés, des oeuvres lumineuses pour une fois racontées.

Chaque oeuvre, chaque attraction est ainsi dotée de son portrait sonore ou ne manque que l’image. Écoutez pour une fois ce que vous aviez l’habitude de voir. Quels sons produisent ces œuvres visuelles, quels sont les sons de leur fabrication, de leur montage ? Quels sons déclenchent-ils dans l’imaginaire du public, de leurs concepteurs, de leurs monteurs ? Quels sont font-elle pour vous ?

Quelles histoires vous racontent-elles ?

Une émission réalisée en partenariat et avec le support financier de l'Université de Lyon.