Portraits invisibles des lumières

Errance dans la fête des Lumière, ballade aux confins des contes, prises de sons, musique...
Une émission produite par Coline Lafontaine, Marie Dougnac et Martin Touzo.

Portraits invisibles des Lumières n°625 mars 2020

Dans les caisses de Léonard

Une émission de , et .

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Conte :

Dans une plaine grise.

Plaine unique d’herbe grise.

À perte de vue : rien. Que l’herbe grise sur une plaine unique et le soleil au dessus qui éclaire l’horizon vide.

Le vieux Cap’tain était accoudé à son phare ; l’air triste, comme toujours. Il regardait la plaine et ses yeux secs pleuraient de ne rien pouvoir regarder d’autre. Le vieux Cap’tain, du haut de son phare, laissait tomber ses larmes invisibles le long des remparts de pierre de l’unique maison du monde.

– Cap’tain, vieux Cap’tain ! Ouvre les boîte, s’il te plaît.

Un enfant, en tailleur regardait deux vieilles photos. Le début et la fin. Ils les regardait intensément, comme s’il n’y avait dans son monde rien d’autre à voir.

L’enfant fixait les photos d’un regard démesuré. Sur la première, le vieux Cap’tain en ciré jaune, sa casquette sur le front souriait de toutes ses dents blanches. Le chapiteaux derrière lui rayonnait de toutes ses couleurs, jaunes, vertes, bleues, rouges, multicolores. Des clowns faisaient des numéros de clowns. Un lion, la tête haute, posait fièrement à côté de son jeune dresseur trop peu sûr de lui. Une danseuse, artiste, équilibriste, voltigeuse, serrait dans sa main un trapèze aérien décroché du ciel.

Sur la deuxième photo, plus rien. Le vieux Cap’tain souriait toujours, d’un sourire forcé cette fois, les dents serrées, la mâchoire dure et les yeux qui déjà pleuraient ces larmes imaginaires. Derrière lui, un chapiteau vide et troué, volé de ses couleurs, volé de ses joies, volé de sa vie.

– Cap’tain, vieux Cap’tain ! Ouvre les boîte, s’il te plaît.

Dans un coin de la pièce : les boîtes à souvenirs. Les fragments de lumières qui éclairent les ombres entre les deux photos. Espèces de boîtes en bois, sur pilotis vacillants, serrées les une contre les autres. Le Phare en était encombré. À tous les étages, contre chacune des ses pierres. C’était la seule joie du vieux Capt’ain, le plaisir des yeux dans le morne monde gris souris. L’enfant les connaissait toutes, les milles et unes boîtes que contenait le phare, par cœur. Il y avait celle avec les belles collines là bas, les arbres verts et les nuages dans le ciel bleu, il y avait celle bien sûr avec l’espèce de machine étrange que le vieux Cap’tain lui avait expliqué qu’elle servait à explorer ces vastes étendues d’eau que l’on appelait « mer »… il y en avait beaucoup d’autres. Brillantes, colorées. Les souvenirs du Cap’tain.

– Cap’tain, vieux Cap’tain ! Ouvre les boîte, s’il te plaît.

L’enfant ne quittait pas les photos des yeux. Le vieux Cap’tain continuait de pleurer ses larmes de vides à la rambarde de son immense phare gris.

L’enfant leva la te. Fut pris soudain d’une lubie. Une étincelle rapide dans ses prunelles.

– Cap’tain, vieux Cap’tain… [silence] je vais ouvrir les boîtes maintenant [silence] il est temps, tu ne crois pas ? [silence] Pas plus longtemps, tu ne seras pas triste plus longtemps.

L’enfant, qui déjà n’en était plus un, se leva. Il posa la main tout contre une de ces boîtes en bois, boîte magique foyer des rêves.

D’un coup sec, il fendit le bois.

Passa la tête par l’ouverture.

Ses yeux ne riaient plus.

Le vieux Cap’tain alors, se retourna.

– Voilà… désormais ce sont les tiens. Je n’ai plus rien à faire ici. – et dans sa voix l’on trouvait, mêlé à une lassitude millénaire, une forme unique de soulagement.

Il traversa la petite pièce, souleva sa casquette – celle de la photo au chapiteau – et la posa sur la tête de l’enfant-qui-déjà-n’était-plus-un-enfant.

– Je n’ai plus rien faire ici maintenant.

Le Cap’tain, encore jeune Cap’tain, le regarda longtemps se perdre dans les plaines grises ; et dans le silence du haut de sa tour, ce Cap’tain, nouveau Cap’tain versa ses premières larmes de sels. Lui qui en avait encore.

-Dans les caisses de Léonard / association Éolo-

 

 

Merci aux participants, participantes et artistes des différentes écoles participantes. Merci à Lolita Del Pino, Pauline Prevost et Guillaume Chapuis pour la composition des musiques.

Merci également à Tom Huet, Christine Richier Julie Lola Lanteri et Frédérik Borrotzu ainsi qu’à Camille Michel pour la coordination du projet.

Merci enfin à la Fondation Bullukian d’avoir accueilli les artistes et leurs œuvres. À l’Université de Lyon pour sa production et son soutien financier.

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La fête des lumières se voit, se regarde, s’admire. Et si nous écoutions les installations lumineuses ? Nos errances dans le jardin Bullukian, nous transportent vers un nouveau rêve de la fêtes des lumières. Des souvenirs contés, des oeuvres lumineuses pour une fois racontées.

Chaque oeuvre, chaque attraction est ainsi dotée de son portrait sonore ou ne manque que l’image. Écoutez pour une fois ce que vous aviez l’habitude de voir. Quels sons produisent ces œuvres visuelles, quels sont les sons de leur fabrication, de leur montage ? Quels sons déclenchent-ils dans l’imaginaire du public, de leurs concepteurs, de leurs monteurs ? Quels sont font-elle pour vous ?

Quelles histoires vous racontent-elles ?

Une émission réalisée en partenariat et avec le support financier de l'Université de Lyon.